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LE SITE WEB Port-au-Saumon 2003
Le camp ÈRE DE L'ESTUAIRE
Articles courts ne dépassant pas une page de Raymond Hutchinson (SUITE)
10. Leucorrhinia patricia, libellule rarement trouvée, dans les tourbières derrière Port-au-Persil
Le 26 juin 2003 au pré-camp, lors d'une excursion des animateurs à la tourbière ''Chapelle', derrière Port-au-Persil, Denis Turcotte me montrait une petite libellule entièrement noire, sauf pour la face pâle tirant sur le gris blanc. Il fut facile d'établir qu'il s'agissait de Leucorrhinia patricia mâle.
Cette espèce a été rarement capturée lors des stages à Port-au-Saumon et ce, depuis les débuts. Par ailleurs, on peut considérer que cette espèce est relativement peu rencontrée partout dans son aire de répartition, sauf peut-être dans certains sites de régions boréales et subarctiques, par exemple au lac Mistassini (Québec). La petite taille de l'espèce et son vol bas parmi les éricacées de certaines de nos tourbières font que l'odonatologue et le collectionneur y portent peu attention et elle passe ainsi inapercûe. La larve demeurait inconnue de la science jusqu'à tout récemment. Il serait intéressant de la trouver à la tourbière ''Chapelle'' ou à la grande tourbière située tout à côté au cours de nos stages à venir.
11. Des ailes de gros papillons de nuit sur le sol autour du réfectoire et de la cuisine
À deux reprises, au cours du mois de juillet, en me rendant au réfectoire du camp pour y déguster un repas, j'ai repéré au sol deux grosses ailes de papillons nocturnes. Celles-ci appartenaient aux deux espèces suivantes : le Polyphème d'Amérique (Antheraea polyphemus) et le Sphinx du peuplier (Pachysphinx modesta). Les ailes se trouvaient au sol, à quelques centimètres l'une de l'autre, près des lumières qui éclairent le réfectoire le soir et attirent beaucoup de papillons et d'autres insectes.
Ces deux papillons nocturnes ont sans doute été interceptés par des prédateurs, soit des chauves-souris ou peut-être des oiseaux, et sont devenus des proies de choix. Les ailes gisant au sol étaient des restes non consommées des prédateurs. Ce n'est pas la première fois que j'observe ces ailes de papillons nocturnes gisant au sol. Fait intéressant, du reste, j'avais été témoin avec d'autres animateurs, il y a plusieurs années, d'une chauve-souris qui avait capturé un Sphinx modeste dans la grande fenêtre éclairée de la cuisine du camp lors de la collation qui précède le coucher de tous les animateurs du camp. Ce travail de détective, recherche d'ailes de gros papillons de nuit au sol, nous aiderait peut-être à établir si, par exemple en juin, les papillons lune (Actias luna) et les saturnies cécropia (Hyalophora cecropia) sont moins rares à Port-au-Saumon que l'on croît. Ce serait passionnant de le savoir…
12. Examen du tube digestif d'une libellule
Récemment, j'ai retrouvé sur ma table de travail, près de ma loupe binoculaire, une libellule adulte, Tetragoneuria spinigera, en alcool. L'étiquette indique que le spécimen, thorax et abdomen séparés, provient de Baie-des-Rochers en juillet 2003. En examinant le long abdomen trapu, je m'aperçus qu'une petite partie du tube digestif était visible et que je pouvais l'extirper en tirant doucement pour le sortir de la cavité abdominale, ce que je fis sur le champ. Je l'étalai ensuite sur un morceau de carton blanc.
J'ai pu ainsi examiner le contenu d'une bonne partie du tube digestif. J'y vis des lambeaux d'ailes, de pattes, de thorax et d'abdomens et des insectes moins déchiquetés. L'expérience me permet d'observer qu'il n'y avait que des diptères (des mouches) en particulier des familles Simulidae (mouches noires), des chironomidae et quelques moustiques (Culicidae) et peut-être des représentants de la famille des Tipulidae. Déterminer au genre et à l'espèce, toutes ces proies qui subissent le processus de la digestion de la libellule, est affaire de spécialistes de chaque groupe de diptères. Il reste néanmoins le constat que cette expérience confirme les dires de plusieurs odonatologues que les mouches seraient les principales constituantes du régime alimentaire des libellules.
13. Les Lanthus parvulus, libellules rarement trouvées, toujours présents dans la rivière Port-au-Saumon
Depuis de nombreuses années, d'abondantes cueillettes d'exuvies, parfois de larves, et des captures d'adultes, de temps à autre, nous indiquent qu'une importante population de Lanthus parvulus habite la rivière Port-au-Saumon.
L'été 2003 n'a pas fait exception. En effet, nous avons récolté plusieurs exuvies au site de la ''baignade'' de nos campeurs, sur les rochers, les tiges de végétaux, le sol, y compris la mousse riveraine. Cependant, un nombre beaucoup plus grand fut observé sous le pont qui enjambe la roure 138. À ce site, les exuvies restent accrochées à la paroi interne du pont à la hauteur de tous nos entomologistes, grands et petits. Il suffit de les enlever de la paroi sans les briser. Elles deviennent des spécimens de collection qui témoignent de la présence, voire de la prolifération de l'espèce dans la rivière Port-au-Saumon. Denis a capturé un spécimen adulte dans le secteur de la rivière qui jouxte le camp et Mathieu de l'équipe d'entomologie a fauché un spécimen parmi les arbustes du champ Zoel.
C'est par centaines qu'il nous faut dénombrer les exuvies récoltées depuis plus de vingt ans. Pourtant, nous observons rarement les adultes. Cela explique sans doute, du moins en partie, le fait que l'espèce reste rarement observée et collectée partout au Canada et aux États-Unis, sans oublier qu'il s'agit d'une petite libellule sans tache ou marque spectaculaire. C'est d'ailleurs une espèce rarement trouvée au Québec. Nous avons la chance de l'admirer et de l'étudier à Port-au-Saumon. Le plus grand mystère, c'est que cette libellule puisse survivre dans les eaux tumultueuses de la rivière dont le fond est généralement garni de roches, de pierres et de gros cailloux, par conséquent peu propice au développement des larves.
La résolution de l'énigme viendrait peut-être du fait que le facies de la rivière est très différent en amont et les Lanthus (larves et adultes)se déplacent ou sont ''charriées'' par les eaux tourbillonnantes, mais sont adaptées à cette vie turbulente et incertaine. Quel beau sujet de recherche scientifique!
14. L'excursion des ''bouses' ' à Port-au-Persil
Demander à un cultivateur de Port-au-Persil, ou d'ailleurs, de nous laisser ''fouiller'' dans la bouse de ses vaches et le crottin de ses chevaux nous garantit de sa part, une réaction amusée, parfois une mine déconfite teintée d'inquiétude devant notre intérêt pour le ''caca'' d'animaux de ferme. Pourtant, l'entomologiste sait que c'est la façon de récolter certaines espèces de coléoptères coprophages. Il apprend que ces insectes se trouvent même au beau milieu des excréments et c'est là qu'il nous faut les cueillir avec nos mains gantés ou encore des pinces en fouillant minutieusement dans les entrailles de la ''merde''.
Les bouses les plus prometteuses sont recouvertes d'une croûte durcie. Les échantillons liquéfiés (fraîches!) doivent être ignorés car peu ''prometteurs'' de beaux spécimens scintillants à mettre en collection. Les bousiers de ces excréments appartiennent surtout au genre Aphodius (3 espèces à Port-au-Persil). Leurs larves grouillent dans la bouse. De nombreux spécimens de ces trois taxons sont déposés dans la collection du camp depuis des années. D'autres petits coléoptères vivent également dans ce micro-milieu. Leur détermination spécifique relève de spécialistes des coléoptères qu'on appelle -coléoptériste-taxonomiste.
L'examen de crottins de chevaux nous permet de constater que les Aphodius sont difficiles à trouver dans ce type de matière fécale. Cependant, il y en avait un peu...Nous observions surtout autour des crottins, le gros coléoptère menaçant qui guettait sans doute des proies à s'approprier. Il s'agit d'un staphylin (Coleoptera) du genre Ontholestes. On n'en voyait pas autour des bouses. Enfin, une grosse mouche couleur kaki rôdait autour et se posait parfois sur les excréments. S'agit-il d'un scathophage, genre de mouche qui hante les excréments animaux? Il nous faudra l'apprendre l'été prochain.
De cette virée annuelle à la recherche d'insectes des bouses et des crottins, l'entomologiste doit tirer une leçon capitale. La nature dans sa sagesse et son organisation a prévu que tous les déchets animaux et végétaux sont des matières à recycler pour se transformer et redevenir utilisables dans la chaîne complexe de la vie qui pullule et se maintient sur notre planète. Le rôle assainisseur de ces bousiers assure notre survie en maintenant l'équilibre délicat entre la matière vivante et morte, les produits de nos digestions animales et la transformation constante de la matière d'une forme à l'autre. Ces insectes recycleurs méritent notre admiration... Par Raymond Hutchinson
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