Camp d'études scientifiques et d'arts écologiques

Les insectes (région de Port-au-Saumon)

Ammophila sp. (Hymenoptera : Sphecidae)
Voir une ammophile femelle sortir d'un terrier dans un sol sablonneux, puis ''l'accueillir'' à son retour une trentaine ou moins de minutes plus tard, alors qu'elle revient avec une chenille paralysée, c'est tout une scène! Apprendre, de plus, qu'elle introduit sa proie dans son terrier et pond un oeuf sur celle-ci qui servira de nourriture à sa progéniture, voilà qui tient du prodige… 

J'ai fait de telles observations jadis à Port-au-Saumon avec des campeurs comme spectateurs ébahis. Nous nous sommes aperçus que ces insectes savent retrouver le site exact du nid ou du terrier creusé dans le sable meuble, et ce, même si on brouillait un peu les abords du nid, effectuait un léger brassage du sable autour, ou encore plaçait un cône de conifère tout près. Il est bien connu aujourd'hui que ces guêpes gardent en mémoire les repères physiques qui leur permettent de retrouver le chemin de leur terrier. Toutefois, il ne faut pas trop brouiller les pistes et rendre l'environnement méconnaissable pour la pauvre guêpe qui ne fait que son boulot, préparer la nourriture pour sa descendance, la larve à venir.

Au moins huit espèces d'Ammophila, avec trois de Podalonia, genre voisin, sont recensées pour le Québec. J'ai dans le passé fait identifier quatre de ces espèces pour la région de Port-au-Saumon par un spécialiste de ces hyménoptères.  Les ammophiles sont des guêpes solitaires dont la tâche des femelles consiste à chasser chenilles, dépourvues de poils, et larves de mouches à scie pour approvisionner leurs nids en vue de l'arrivée de leur progéniture. Elles paralysent les proies qui deviennent comateuses, mais ne meurent pas.  L'œuf est déposé directement sur une partie du corps de la chenille et le ''nouveau-né'' aura sa provende à sa portée.   

Les adultes se nourrissent de nectar et apparemment de petits insectes. Les terriers sablonneux peu profonds comprennent une chambre pouvant contenir un à dix chenilles comateuses. Les femelles de certaines espèces s'occupent de plusieurs nids à la fois. Elles peuvent sceller l'entrée de ceux-ci en y travaillant à l'aide d'un ''outil'' une minuscule pierre, manipulée avec leurs mandibules. Elles semblent avoir la faculté de se souvenir de l'emplacement de chaque nid pour les approvisionner en chenilles au besoin… 

Bombus ternarius (Hymenoptera : Bombidae)
Parmi la vingtaine d'espèces et plus de bourdons (Bombus) qui peuplent le territoire québécois, celles qui arborent la belle frange de soies jaune orange ou rouge sur une partie de l'abdomen peuvent appartenir à l'une de trois espèces. La plus courante, cependant, est le Bombus ternarius.  Cette dernière espèce présente une vaste répartition géographique qui s'étend de la Nouvelle-Écosse à la Colombie-Britannique.  L'espèce a été observée à Port-au-Saumon.   

Avec le début du printemps, les reines sortent de leurs abris hivernaux et s'activent à reconstituer leurs nids faits de cellules ''à miel'' et de cellules pour le couvain. En début de saison, les ouvrières sont de petite taille et ont une allure chétive.  Elles arpentent les champs et les prés fleuris en quête de nectar et de pollen. Elles construisent constamment de nouvelles cellules. Avec l'arrivée des chaleurs estivales, les ouvrières errantes montrent une taille plus robuste. Les adultes consomment du nectar et les larves sont nourries de miel. Il est intéressant de rappeler que le même bourdon femelle peut piquer plusieurs fois sans que son geste n'entraîne la mort comme c'est le cas chez les abeilles de la ruche. Prudence donc! bien que je trouve ces insectes bien pacifiques et tolérantes de mon importune présence à chaque fois que je m'aventure dans leurs parages…

Physocephala sp. (Diptera : Conopidae)
Lorsque le naturaliste a un de ces insectes en main, il se dit : ''Est-ce une guêpe ou une mouche?''. Il observe la constriction abdominale typique de nombreuses espèces de guêpes solitaires. Par contre, il semble s'agir d'antennes de mouches! Recherches faites, le verdict devient inévitable. C'est une mouche.  J'en ai trouvées dans Charlevoix-Est, mais surtout à Rigaud et dans l'Outaouais.

Ce diptère appartient à la famille des Conopidae (environ 100 espèces en Amérique du Nord, 30 au Canada). Les Conopidae n'ont pas tous l'abdomen qui s'amenuise en son milieu comme les Physocephala. Celles-ci sont des endoparasites d'abeilles, de guêpes, de bourdons et même d'orthoptères (criquets et sauterelles).

Selon des observateurs, certaines de ces mouches parasites repèrent un hôte, volent en zigzags, s'arrêtent sur l'abdomen de la victime. Elles y pondent un oeuf en plein vol, dit-on. Les oeufs ont de minuscules tigelles, munies de crochets pour s'ancrer dans la cuticule de l'hôte. La larve parasite grandit, la victime s'affaiblit avec les jours qui passent, puis meurt. La pupe de la mouche resterait incrustée dans la ''coquille abdominale'' vide de la victime ou ce qui reste de l'abdomen de celle-ci. Ainsi va la nature à l'insu de nos regards avec ses desseins mystérieux parfois difficiles à comprendre…

Sericomyia militaris (mouche à fleurs)
Le campeur peut les observer au camp l' Ere de l'Estuaire. Ces belles mouches volent autour des fleurs, se déplacent souvent sur les grandes feuilles de plantes herbacées autour des tentes du camp. Les larves se développent dans des fossés et des petites mares contenant de la matière organique en décomposition.  Les larves de certaines espèces de séricomyies vivent aussi dans la sphaigne humide de milieux tourbeux.

Ces syrphides ou mouches à fleurs, appartenant à un groupe les Sericomyiini, voisin des Eristalini, ont des larves dites ''queues de rats'' en raison d'une ressemblance présumée avec la queue du mammifère honni par l'humanité. Une extrémité de la larve porte une longue structure, le siphon respiratoire, qui vient chercher l'oxygène en surface des eaux fangeuses.

Sericomyia militaris ressemble à notre guêpe à face blanche (piqûre douloureuse), bien que l'imitation ne me semble pas spectaculaire. Ces mouches ont un rôle de recyclage de la matière en décomposition  au stade larvaire et de pollinisation à l'état adulte. Il reste beaucoup à découvrir à leur sujet, périodes de vol saisonnières et quotidiennes, rencontres des sexes pour l'accouplement, ponte, durée des différents stades du cycle vital, oeuf, larve, pupe, adulte. Bref, ces mouches sont des auxiliaires précieux pour nous à notre insu.…

Helophilus sp
Voici une autre belle mouche à fleurs commune sur le terrain du camp. Il s'agit d'observer les insectes qui butinent sur les fleurs et de ne pas confondre éristales et hélophiles avec les abeilles de nos ruches. Cette mouche peut justement être confondue avec les éristales. Ces deux mouches appartiennent à la tribu des Eristalini. Pour les distinguer, il suffit de retenir les belles lignes longitudinales pâles sur le dessus du thorax des Helophilus, absentes sur celui des Eristalis.

Comme les larves d'éristales et de séricomyies, celles des Helophilus sont aussi des ''queues de rats'' avec le long siphon respiratoire. Il faut les chercher dans les milieux humides avec de la matière en décomposition.  Il faut regarder dans la boue au bord des mares et des fossés, et même en eaux saumâtres. Les larves d'une espèce européenne ont été apercues parmi les rhizomes en décomposition de Typha (quenouille). 

Les mâles sont-ils territoriaux autour des fleurs ou des sites de ponte comme ceux des éristales observées au-dessus des marguerites?  C'est à nous de le découvrir. Comme les éristales (des coulées fangeuses issues de la fosse septique du camp et les séricomyes, les Hélophiles jouent un rôle de recyclage des matières en décomposition à l'état larvaire et un rôle de pollinisation au stade adulte. La vie des Eristalini est relativement peu connue et nous pourrions les étudier à Port-au-Saumon même.

Calopteryx maculata (Odonata : Calopterygidae)
Existe-t-il une plus belle façon de s'initier à l'étude des insectes que d'aller observer les Calopteryx dans les magnifiques ruisseaux qui coulent non loin du camp de l'Ère de l'Estuaire? Ces libellules au corps rutilant et aux ailes noires comptent parmi les plus beaux insectes de notre faune. Il faut les admirer dans ces décors merveilleux que sont nos cours d'eau dévalant les montagnes charlevoisiennes, pour prendre un peu de repos dans les vallées et les plaines. Leurs bords ciselés sont décorés de plantes herbacées et d'arbustes, surtout des Aulnes, qui cachent une faune aquatique des plus fascinante et
mystérieuse.

Lorsqu'on pense que les Calopteryx mâles prennent possession de territoires au bord des cours d'eau après d'âpres luttes, que leur agressivité se manifeste dans une gestuelle comportementale digne des plus grands ballets, qu'ils vont jusqu'à choisir le lieu le plus propice à la ponte et y conduisent la femelle, qui voudrait manquer un tel spectacle, rater une telle occasion d'apprendre à s'émerveiller devant les phénomènes de la nature? Or, ces comportements se reproduisent à des millions d'exemplaires dans une bonne partie des eaux courantes du Québec et de l'ensemble de l'Amérique du Nord. Il ne manque que des spectateurs humains admiratifs et discrets, de vrai naturaliste quoi!, qui sortiront de l'expérience avec la conviction que les insectes ont leur place dans la nature et qu'ils sont dignes de notre plus grand intérêt, mais aussi de notre respect ...Raymond. . .

Cicindela limbalis
La construction du Nordet nous a valu d'avoir sur le terrain du camp une population de ce coléoptère aux moeurs spectaculaires. Comment? Les cicindèles ont adopté le sol meuble placé à côté de l'emplacement du Nordet, et provenant du creusage du site probablement à la pelle mécanique. Pendant des années, par la suite, ce milieu créé par l'humain convenait parfaitement aux Cicindela limbalis. Car, il s'agissait d'un sol meuble à végétation éparse, biotope que cette espèce recherche… 

Nous avons observé les chasses des adultes et les terriers des larves au comportement si particulier et unique.  Nous avons eu de ces larves en laboratoire en les installant dans des aquariums vitrés. Nous les avons nourries en leur présentant des insectes, par exemple des fourmis qui couraient à la surface du sol sablonneux placé en terrarium. Les larves postées dans des terriers sablonneux en position verticale la tête à ras la surface du sable n'avaient qu'à happer les fourmis au passage juste au-dessus de leur terrier.

 Avec le passage des années, la végétation a pris le dessus dans le biotope à côté du Nordet. Elle a complètement envahi le milieu artificiel créé par le creusage du Nordet.  La population de cicindèles a disparu. Où sont les cicindèles d'antan? Il faut chercher plus loin dans le Port-au-Saumon pour trouver un terrain argileux à végétation éparse. Quelle belle histoire à
raconter … Raymond H.