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Libellulidae
13.Leucorrhinia glacialis Hagen, 1890.
Il s'agit probablement de l'espèce dominante dans la tourbière. L'observateur les voit voler un peu partout dès son arrivée. Les individus sont au-dessus de l'eau, dans les herbes du bord, parmi le vaste tapis flottant, constitué d'arbustes et de plantes herbacées, et jusque de chaque côté du chemin. Les accouplements se font devant nos yeux par dizaines au cours d'une journée. Nous voyons fréquemment les femelles pondre en trempant leur abdomen dans l'eau dans un mouvement régulier de montée et de descente pour toucher la surface de l'eau avec le bout de l'abdomen. Il est même possible de capturer une femelle, de la faire pondre dans une fiole propre, de voir les oeufs s'accumuler alors qu'on tient la femelle entre nos doigts pour ensuite la libérer de notre emprise et lui rendre sa liberté. Il convient également de déposer les oeufs dans l'eau du bord pour avoir d'autres L. glacialis l'an prochain et les années après… L'espèce est relativement commune en maints endroits de la province (pilon et Lagacé 1998).
14. Leucorrhinia hudsonica (Sélys, 1850).
Les individus de cette espèce de Leucorrhine sont souvent mlés aux L. glacialis à la tourbière ''Chapelle''. Il faut savoir distinguer leur taille plus petite et repérer les belles taches en forme de fléchette qui ornent le dessus des sept premiers segments abdominaux, taches rouges chez les mâles et jaunes chez les femelles. Plusieurs traits de comportement rappellent ceux de L. glacialis sauf, que cette petite libellule semble beaucoup plus difficile à capturer, car elle manifeste une nervosité et une agilité qui lui permettent d'éluder les filets des collectionneurs assez souvent. L'espèce, du reste, semble moins abondante dans la tourbière. Cependant, la consultation de Pilon et Lagacé indique qu'il s'agit d'une espèce d'odonate pas mal commune au Québec.
15.Libellula julia Uhler, 1857.
Voyez cette libellule noirâtre avec beaucoup de pruinescence blanche, qui vole un peu partout dans la tourbière, nerveusement ,et manifeste une grande agressivité, pourchassant congénères et autres espèces de libellules qu'elles rencontrent au cours de son vol erratique. Il s'agit bien de L. julia. Au cours d'une excursion à la tourbière ''Chapelle'', nous sommes assez certain d'en observer plusieurs. Les individus de cette espèce volent au-dessus de l'eau et des rives flottantes, se posent sur des troncs d'arbres, sur des rochers et souvent sur les cailloux du chemin. Les femelles pondent en trempant le bout de l'abdomen à la surface de l'eau, après un accouplement de courte durée (parfois quelques secondes) . On peut obtenir leurs oeufs en les saisissant entre nos doigts et en les incitant à pondre dans une fiole propre ''mimant'' ainsi le mouvement de plongée et de sortie de l'eau caractéristique de plusieurs de ces espèces de Libellulidae. Il convient de libérer ces femelles, ainsi que leurs oeufs pour assurer la descendance. L. julia est très commune dans la zone tempérée froide du Québec et aussi très présente dans la zone boréale (Pilon et Lagacé 1998).
16.Libellula quadrimaculata quadrimaculata Linnaeus, 1758.
Bien que Libellula julia domine dans la tourbière, il est possible d'observer et de capturer la libellule à quatre taches (L. q.quadrimaculata) de temps à autre. La réputation de cette espèce n'est plus à faire puisqu'elle est répandue dans le monde entier, exploit que peu d'autres odonates peuvent revendiquer. Les odonatologues l'ont d'ailleurs choisie comme la libellule du dernier millénaire. Le vol rapide, erratique et agressif de cette espèce ressemble à celle de L. julia. L'accouplement est très bref et les femelles pondent sitôt après les ''étreintes amopureuses'' en trempant leur abdomen dans l'eau pour relâcher les oeufs depuis la partie postérieure de l'abdomen. Il est fréquent de voir le mâle reproducteur survoler la femelle pendant qu'elle pond pour empcher d'autres mâles de la harceler. L'espèce est reconnue comme une migratrice et des hordes d'individus ont été observés pendant leurs pérégrinations vers des régions lointaines en Europe et en Amérique. Des recherches poussées aux États-Unis ont montré que le système territorial et reproductif des populations de cette espèce es très complexe.
Perspectives
Il importe de mentionner d'autres espèce d'odonates capturées à la tourbière ''Chapelle'' au cours des années, soit depuis plus de trente ans : Lestes congener Hagen, Ischnura verticalis (Say), Aeshna interrupta interrupta Walker, Aeshna canadensis Walker, Aeshna juncea (Linné), Sympetrum obtrusum (Hagen), Sympetrum danae (Sulzer) et Leucorrhinia patricia Walker. Par nos récoltes de larves et la fréquence des captures d'adultes depuis de nombreuses années, il est possible d'affirmer qu'au moins 24 espèces vivent dans la tourbière ''Chapelle''. Curieusement, en juin et juillet 2004 et 2005, nos jeunes entomologistes ont trouvé un individu de trois espèces qui, manifestement, n'appartiennent pas au domaine de la tourbière. Les individus gisaient au sol et semblaient encore ténéraux et faibles. S'agit-il d'individus en vol de transition, c'est-à-dire en route vers leurs habitats habituels qui, somme toute, se trouvent assez proches de la tourbière? Ces voyageuses sont Ophiogomphus colubrinus femelle, espèce de cours d'eau, Gomphus spicatus, qui peuple les lacs et Epitheca cynosura femelle qui se développe dans les lacs ou des cours d'eau caillouteux et boueux dans Charlevoix-Est. Le nombre d'espèces trouvées est remarquable compte tenu que la tourbière ''Chapelle'' est un milieu fermé, sans apport d'eau de ruisseau, ruisselet ou autre. Il s'agit vraiment d'une tourbière ombrotrophe typique.
Par cet article, j'espère avoir démontré toute la richesse de la tourbière dite ''Chapelle'' comme génitrice de nombreuses espèces d'êtres vivants, libellules et autres, à chaque saison et ce, depuis des siècles. Hors, le Québec compte des dizaines de milliers de milieux tourbeux semblables sur l'ensemble de son territoire. Toute considération qui devrait inspirer le respect et l'amour de la nature sous toutes ses formes et manifestations. Sans compter que notre tourbière est en évolution lente et comme tout milieu dynamique, des changements peuvent peut-être provoquer l'établissement de nouvelles espèces, sans compter les espèces d'odonates non recensées parce que nous n'explorons pas la tourbière d'avril à novembre, mais seulement au cours de l'été. Et l'an prochain, où nous pourrons de nouveau nous promener et vivre l'expérience d'observer les organismes qui peuplent la tourbière.
Lors de cette excursion, j'étais avec l'équipe d'entomologie de Mathieu?
Ouvrages cités
Hutchinson, R. 1976. Onservations sur la ponte de Nehalennia irene Hagen (Zygoptera : Coenagrionidae) à Melbourne Valley, Cantons de l'Est . Cordulia 2 : 149.
Laplante, J.-P. 1975. Observations sur la ponte de quatre odonates du genre Lestes (Zygoptera : Lestidae) au Québec. Le Naturaliste canadien 102 : 279 à 292.
Pilon, J.-G. et D. Lagacé. 1998. Les odonates du Québec. Entomofaune du Québec Inc. Chicoutimi, Québec. 367 pages.
Sawchyn, W.W. et N.S. Church. 1973. The effects of temperature and photoperiod on diapause development in the eggs of four species of damselflies (Odonata : Zygoptera). Canadian Journal of Zoology 51 : 1257-1265.
Sawchyn, W.W. et C. Gillott. 1974. The life histories of three species of Lestes (Odonata : Zygoptera) in Saskatchewan. Canadian Entomologist 106 : 1283 à 1293.
Westfall, M.J. junior et M.L. May. 1996. Damselflies of North America. Scientific Publishers, Gainesville, Floride. 649 pages.
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