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Quelques insectes et araignées de Port-au-Saumon
1. Aeshna interrupta (Odonata : Aeshnidae)
Une grosse libellule aux taches bleues ou vertes, qui survole le terrain du camp en quête de proies, les innombrables mouches (diptères) qui partagent l'espace aérien autour de nos bâtiments, dans le champ Zoël et autour de la falaise, devant la Demeurance. Ces grosses libellules viennent probablement des bois et des tourbières derrière le hameau de Port-au-Saumon et «savent» se rendre aux sites propices à leur alimentation.
2. Agelenopsis potteri (Araneae : Agelenidae)
Une araignée que le naturaliste doit chercher sur les feuillages touffus qui tapissent le sol autour des tentes des campeurs et s'étendent le long du chemin qui mène à la sortie du camp. Ces fascinantes araignées ont une forme allongée. Elles construisent des toiles formant une nappe horizontale avec un entonnoir en leur milieu d'où se cachent les redoutables prédatrices en attente de victimes qui ne manquent pas de garnir leur toile. Elles peuvent ainsi satisfaire leur faim insatiable. Au début de juillet, ces araignées sont petites et peu visibles. À partir de la fin de juillet, elles s'installent et leurs pièges mortels pour les insectes du voisinage se déploient dans la végétation. Elles sont prêtes à se nourrir de toute proie qui tombe inopinément dans leurs pièges.
3. Ammophila sp ( Hymenoptera ; Sphecidae)
Ces guêpes, au corps allongé et svelte, ont une constriction abdominale remarquable. Elles se rencontrent souvent dans le champ Zoël et volent autour des plantes et sur le sol à la recherche de proies, notamment des chenilles de papillons nocturnes. Elles paralysent leurs victimes, les traînent jusqu'à leur terrier, puis pondent un œuf sur le corps de l'organisme capturé, par exemple une chenille de lépidoptere de la famille des Notodontidae. La larve qui en sortira, se nourrira de la chenille qui n'est pas morte mais se trouve dans un état comateux. Quant à ces guêpes femelles, chasseresses d'élites, elles se sustentent en se nourrissant de nectar.
4. Bembidion transversale (Coleoptera : Carabidae)
Pour observer cette espèce d'insecte, il faut se rendre au bord de la plage devant le camp, repérer les endroits pierreux, caillouteux, puis découvrir les adultes et les larves de cet insecte, là où le substrat n'est ni trop sec, ni trop mouillé. Le micro-habitat de ce coléoptère est un exemple remarquable d'adaptation à des conditions très particulières d'exondations quotidiennes. Ainsi, à chaque fois que les marées recouvrent le micro-milieu (2 fois par jour), celui-ci change radicalement. Pourtant, ces Bembidions survivent. Comment ? De quoi se nourrissent ces remarquables insectes ? Comment s'accouplent-ils dans de telles conditions? C'est à nous de le découvrir.
5. Coras montanus (Araneae : Amaurobiidae)
Voilà une espèce d'araignée que le naturaliste peut découvrir sous les bâtiments du camp. Exceptionnellement, elle déambule sur la galerie ou dans une des pieces de la Demeurance. Cette araignée de bonne taille est bien peu connue des naturalistes. Sa discrétion et sa propension à fréquenter les endroits sombres ne favorisent pas l'aranéologue qui voudrait la connaître davantage. C'est pourtant une espèce assez répandue et commune au Québec. Les quatre autres espèces de Coras recensées pour le Québec sont encore moins bien connues que le Coras montanus.
6. Dictyna coloradensis (Araneae : Dictynidae)
Le naturaliste passe souvent près de ces araignées, sans les voir (par exemple, lorsqu'il explore le champ Zoël a Port-au-Saumon). Lorsqu'il fauche dans la végétation des champs, des prés et leurs lisieres, il doit repérer de toutes petites toiles effilochées au sommet des fleurs ou des petites branches d'arbustes. Si on y regarde de près, le mâle et la femelle peuvent être ensembles dans ces toiles sur les sommités fleuries. En outre, l'aranéologue prend acte des proies de ces araignées minuscules souvent de petites mouches dont les restes sont suspendus dans les toiles. Les mâles possèdent une armature génitale spectaculaire qui rend leur identification pas trop difficile. Par contre, la détermination spécifique des femelles reste très ardue. De nombreuses espèces de Dictyna peuplent le Québec
7. Enoplognatha ovata (Araneae : Theridiidae)
Sans s'en rendre compte, nos campeurs connaissent bien cette espèce. En effet, il n'est pas rare que ces araignées s'installent à l'intérieur des tentes pour le plus grand désagrément des campeurs et campeuses. Elles y érigent leurs toiles dans l'espoir de capturer des hordes innombrables d'insectes qui peuplent les alentours du camp. Il est peut-être possible de nous rendre cette araignée plus sympathique lorsqu'on apprend que les femelles «soignent» leurs petits et finissent par mourir pour laisser les énormes ressources alimentaires, surtout des insectes, à leur progéniture.
8. Lestes disjunctus (Odonata : Lestidae)
Dès que nos campeurs explorent les mares et les marais autour de Port-au-Saumon, ils sont certains de rencontrer des Lestes disjunctus posés sur des tiges de plantes aquatiques, les ailes légèrement étalées. Il s'agit probablement de la demoiselle la plus commune dans nos sites d'excursion de juillet à la fin de septembre. Parmi les faits extraordinaires entourant la vie de L. disjunctus, je signale que les femelles pondent sur des tiges de plantes aquatiques, souvent accompagnées du mâle géniteur, et que le couple peut rester sous l'eau au moins une demi-heure sans venir à la surface pour respirer. En outre, le résumé de la vie des L. disjunctus est un véritable conte de fées. En effet, après la ponte, l'embryon se développera juste un peu avant l'arrivée des grands froids. La tige recelant les précieux œufs tombera, sera recouverte de la couche de neige protectrice des terribles gels hivernaux et la croissance de l'embryon reprendra avec l'arrivée du printemps suivant pour donner naissance à une larve à croissance rapide dans des mares souvent temporaires ou semi-permanentes. Autour de Port-au-Saumon, les deux autres Lestes aux mœurs apparentées apparaissent avant et après le période de vie aérienne de L. disjunctus. Lestes dryas est l'espèce printanière hâtive et L. congener, une espece surtout automnale. Deux de ces trois espèces volent souvent ensemble soit à compter de juillet, puis en saison avancée ou automnale.
9. Pantala flavescens (Odonata : Libellulidae)
En plein mois de juillet, en sortant de la Deumeurance, le naturaliste peut voir une libellule trapue, aux couleurs rutilantes et ambrées, voler au-dessus du terrain du camp. Le vol est spectaculaire. La libellule fend l'air et semble se moquer du vent. Si vous parvenez à capturer cet odonate, vous constaterez que l'élargissement des ailes postérieures est remarquable. Il faut savoir que les larves de Pantala ne peuvent survivre à nos hivers rigoureux. Vous n'avez qu'à explorer les mares des sablières du Québec en novembre pour trouver les larves de Pantala mortes sous la glace qui recouvre ces mares. Tout à côté, vous verrez des larves de libellules comme celles de Libellula lydia qui résistent et continuent à vivre en se déplaçant sous la glace. De fait, les Pantala que vous voyez en juillet devant le camp sont probablement des individus migrateurs venus de loin, à moins que ces libellules ne se soient développées en une soixantaine de jours dans une mare de sablière dans Charlevoix-Est, mare que nous n'avons pas encore trouvée. P. flavescens est une espèce répandue dans le monde entier et ses exploits de migratrice sont bien documentés. Par exemple, des odonatologues asiatiques en ont trouvées en pleine mer, dans l'œil de typhons qui se «déplaçaient» vers des régions complètement asséchées. De fait, ces typhons observés se dirigeaient vers les Indes et apportaient l'eau et les libellules… J'ai déjà observé une colonne de quelques centaines d'individus de P.flavescens qui se déplacaient, direction ouest-est, sur la route 138, à la sortie du camp ERE de l'Estuaire, le 16 août 1973. Ces migrations parfois spectaculaires de Pantala sont bien documentées et depuis longtemps.
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