Camp d'études scientifiques et d'arts écologiques

LE SITE WEB      Port-au-Saumon 2003   

Le camp ÈRE DE L'ESTUAIRE

Entomologistes et naturalistes du camp ÈRE DE L'ESTUAIRE,
les stages de juillet 2003 nous ont permis de faire des observations et des découvertes que nous envieraient peut-être plusieurs chercheurs chevronnés. En effet, chacune de nos excursions nous a révélé des faits d'histoire naturelle dont je ferai état, du moins de certains, dans les lignes qui suivent sous une forme condensée, cela va de soi. Je donnerai un titre à chaque observation signalée. J'espère vous convaincre que nos activités au camp ont une grande utilité même sur le plan scientifique compte tenu que les observateurs de nos insectes et de nos araignées sont peu nombreux. Voici donc ci-dessous un florilège de faits et d'observations qui confirment la valeur de nos activités scientifiques au camp.

1. Larves de libellules dans le marais asséché de Saint-Fidèle

Le 21 juillet 2003, le groupe d'entomologie du camp se rendait au marais de Saint-Fidèle que nous visitons à chaque année depuis fort longtemps. Lors de notre arrivée, de nombreuses libellules et demoiselles volaient au-dessus du marais. Nous pouvions observer de nombreuses émergences d'odonates. Les espèces suivantes furent observées : les demoiselles, Lestes dryas, Lestes disjunctus, Nehalennia irene, Coenagrion resolutum et Enallagma boreale. Parmi les anisoptères (libellules), nous observions Aeshna interrupta, Libellula quadrimaculata, Leucorrhinia hudsonica et Sympetrum internum.

Le fait à retenir, cependant, c'est que le marais était presque à sec. Nous marchions sur de la boue, parfois à peine humide. Les pierres du fonds du marais étaient exposées à l'air libre. Faits étonnants, de nombreuses larves vivantes furent cueillies avec nos mains sur la boue, parmi des branches et des brindilles gisant au sol, parfois cramponnées sous des souches humides. Ce phénomène de la survie de larves de libellules en milieu presque asséché est bien connu des odonatologues (spécialistes des libellules). Fait remarquable, certains d'entre eux ont vu des larves survivre six semaines ou davantage dans de la boue séchée. D'autres ont vu des larves de libellules agiter leurs pattes, alors qu'elles étaient enveloppées de boue séchée et ce, pendant deux mois de sécheresse. On reste pantois devant de telles observations et de tels faits. Il reste cependant qu'on ne connaît pas vraiment les mécanismes physiologiques qui permettent aux larves de libellules de survivre dans de telles situations, car il ne faut pas oublier que ces larves vivent en milieu aquatique et respirent à l'aide de branchies. L'entomologie attend celui ou celle qui pourra élucider le mystère qui entoure cette survivance des larves confrontées à l'absence d'eau qui normalement entraînerait la mort.

2. Une guêpe qui dort dans le champ Zoel!

Le 23 juillet, j'accompagnais un groupe de campeurs d'une équipe de ''MULTI''. En examinant les Mélilots blancs. extrêmement nombreux dans le champ, j'aperçus une guêpe complètement immobile sur une feuille de cette espèce de plante, dans une position qui me semblait caractéristique. C'était par une matinée fraîche et nuageuse. Il s'agissait d'une de ces guêpes qui présentent une constriction ou un amincissement spectaculaire de leur long abdomen. Cette guêpe appartient au genre Ammophila de la famille des Sphécidae.

On peut dire que cette guêpe dormait. Les savants diraient qu'elle était en état d'akinésie. En me documentant un peu, je puis présenter très succinctement les données suivantes. Les hyménoptéristes parlent du sommeil des guêpes lorsque l'observateur en voit une immobile, les pattes étalées, et inconsciente si, par exemple, on la touche. Leurs mandibules et leurs pattes sont solidement cramponnées au substrat, ici la feuille de Mélilot. Elles se tiennent sur la feuille si solidement que ni le vent ni la pluie ne les délogent.

Les observations montrent que les guêpes dorment sur la végétation ou dans leurs nids. Parfois, elles dorment en groupes. Plusieurs espèces peuvent se trouver au même site. Parfois les dormeurs d'un site peuvent tous être des mâles. D'autres fois mâles et femelles se mêlent au site du dortoir communal... Une espèce du Québec, le Chalybion californicum, peut constituer des agrégations d'une centaine d'individus à la tombée du jour. Il serait intéressant de trouver au camp des exemples de guêpes qui dorment en groupe…

3. Le festin des libellules à Baie-des-Rochers

Tout le monde se souvient de la journée de Baie-des-Rochers. À chaque stage, les campeurs ont pu en jouir. Si vous vous souvenez, presque tout le monde s'engageait dans le sentier dans le but de se rendre au bord de la mer, y ''luncher'', observer la nature, s'amuser, etc.  Je décidai de rester sur le quai pour y observer les libellules. Je voulais établir deux faits. Primo, quelles espèces étaient présentes parmi la cinquantaine d'individus ou plus qui volaient constamment au-dessus de la rivière et du quai? Secundo, que faisaient-elles ou plus précisément que ''mangeaient''-elles? J'ai eu réponse à mes deux interrogations.

Parmi les espèces en vol, j'ai identifié ou déterminé les suivantes : Aeshna canadensis, A. eremita, A. interrupta, A. umbrosa, Cordulia shurtleffi, Dorocordulia libera, Somatochlora cingulata (une femelle seulement), Libellula quadrimaculata et L. julia. J'ai capturé un mâle et une femelle de chaque espèce et pris soin de relâcher les autres.

Pour connaître les proies de toutes ces libellules, j'ai fait trois choses. À chaque capture, j'ai examiné le contenu de leur ''bouche'' ou mandibules, capturé des insectes qui volaient au-dessus du quai et du bord de la rivière puis récolté de nombreux insectes qui émergeaient de la rivière dans les buissons et les arbustes du bord.

En bref, les diptères ou mouches constituaient la majorité des proies du régime alimentaire de ces libellules. Les mouches à chevreuil et les mouches noires en faisaient partie. Parmi d'autres victimes de la voracité de ces odonates, je mentionne des individus ténéraux des ordres suivants : éphéméroptères, plécoptères et trichoptères. Enfin, une libellule a pourchassé un Amiral, gros papillon abondant en ces lieux et un gros neuroptère comme le Nigronia sp. Pour connaître tous ces insectes à l'espèce, il faudrait un entomologiste spécialiste de chaque groupe taxonomique. Pour le naturaliste que je suis, il m'intéresse de connaître en gros ce que dévore les libellules et j'ai trouvé réponse à mon interrogation ...En passant, l'expérience pourrait se renouveler, puisqu'à chaque année j'observe ce phénomène au quai de Baie-des-Rochers.

4. Une araignée qui s'accouple et se nourrit sous une pierre!

Au début de juillet, lors d'une excursion dans le champ de Zoel à Port-au-Saumon, j'ai demandé à Mathieu Desmarchais de soulever une pierre aplatie au sol pour voir si des insectes ou des araignées s'y trouveraient. Le hasard fit bien les choses, puisqu'une araignée au corps globuleux était entourée d'un cocon rempli d'oeufs, de proies mortes (fourmis et coléoptères Carabidae) qu'elles avaient sans doute consommées et de ce qui semblait être une toile enchevêtrée couchée sur le sol, comme un parachute inutilisé.

Je refis cette observation plusieurs fois pendant le mois de juillet. D'ailleurs, j'ai rapporté une dizaine de spécimens de ces araignées. Il s'agit presque toutes de représentantes de l'espèce Steatoda albomaculata. Celle-ci se classe dans la famille des Theridiidae (les redoutables veuves noires en font partie). Mes recherches bibliographiques m'ont fait prendre conscience que c'est seulement la deuxième localité clairement mentionnée pour le Québec, l'autre étant Blue-Sea dans l'Outaouais. Nous avons donc une belle population de cette espèce dans le champ de Zoel.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ces araignées parviennent à résoudre les deux problèmes fondamentaux de leur existence, se nourrir et s'accoupler et ce, malgré l'exiguité des lieux où se déroulent leurs activités quotidiennes. Les mâles vivent autour, déambulent autour de ces pierres, se risquent à pénétrer sous ces pierres dans le royaume des femelles, y tapotent les toiles pour avertir ces dernières de leurs intentions qui visent à garantir la survie de l'espèce.

Pour assurer leur subsistance, les femelles tendent des types de toiles que certains auteurs français appellent ''pièges-piétons''. Ces toiles ont une section faite de fils de soie entremêlés et des fils individuels enduits de substance collante. Les victimes touchent à ces fils, ce qui déclenche un mécanisme qui provoque l'enchevêtrement de la proie dont se nourrirra l'araignée. Sous ces pierres, les victimes sont souvent des fourmis, des coléoptères et d'autres insectes rampants qui s'y aventurent inconscientes du danger qui les guette. L'observateur trouve les insectes-victimes, morts, qui sont comme des coquilles vides, l'araignée ayant extrait les ''jus'' ou les liquides internes des insectes capturés. Plusieurs autres espèces d'araignées vivent sous les pierres et leur vie reste méconnue faute d'observateurs attentifs et intéressés.   

Par Raymond Hutchinson